American Football – LP3

Le troisième disque d’American Football est là. Bouleversante histoire, divines mélodies, immense disque.

Deux décennies, trois albums. De quoi entretenir la frustration et le manque tout en attisant culte et fascination chez une horde de fans jamais rassasiés. Un abracadabrant tour de force opéré par la petite bande de l’Illinois, qui dès la sortie de son premier album pose les jalons d’un renouveau dans l’indie-rock outre-Atlantique. Rythmiques mathématiques affûtées, travail d’orfèvre sur la mélodie et introspection à cœur ouvert. American Football s’imposera alors comme pièce la plus influente d’un genre dont il modernise les codes : l’emo.

En couverture, une petite maison, analogie parfaite d’un groupe qui décortique timidement mais en toute franchise ses sentiments et émotions dans son jardin secret, à l’abri des regards. Puis plus rien, avant que les quatre comparses ne rempilent pour un second effort (LP2, Polyvinyl, 2016) tout aussi bon voire meilleur que son divin prédécesseur. Luttes internes, spontanéité suicidaire, perte dans l’inconnu… American Football avance à tâtons dans son vieux refuge en bois – toujours là, fière pochette de son état – tandis que sa boussole semble complètement détraquée.

Seulement voilà, l’impétuosité jouvencelle et la spontanéité béate de l’adolescence s’en sont allées, laissant la place au pragmatisme et à la responsabilité propres à l’âge adulte. Le caractère enfin forgé, American Football part explorer l’ailleurs, le renouveau des expérimentations soniques et des collaborations avec l’autre, se plongeant dans un brouillard opaque couvert par un couché de soleil évocateur. Il était temps de la quitter, cette maison.

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