Sayonara Wild Hearts, de l’album interactif à l’histoire pop

Polygones luisants aux couleurs néons, musique synth-pop énergique et ramassage d’items : dans ce jeu d’arcade à la réalisation grandiose, vous incarnez une jeune femme au coeur brisé qui doit se reconstruire et sauver le monde. Et sans vous en rendre compte, vous jouez (sur) un album de synth-pop.

La musique s’est vite imposée comme un élément primordial de la production vidéoludique, à tel point que certain.e.s compositeurs.trices en ont fait un véritable pan de leur carrière, si ce n’est leur univers de prédilection (Nobuo Uematsu, Koji Kondo, Christophe Heral, Yoko Shimomura…). Après quelques oeuvres majeures comme Rez, Parappa The Rapper ou encore Guitar Hero – sans doute la plus connue du grand public – le Dixième Art passe un cap avec une pièce sans pareille. Jeu vidéo d’arcade, film d’animation interactif et album de synth-pop ; Sayonara Wild Hearts est un peu tout ça à la fois.

Des origines sombres

Imaginé par Simon Flesser et Magnus “Gordon” Gardebäck aka le studio suédois Simogo, (auteur de jeux comme Device6, Year Walk ou encore The Sailor’s Dream, NDLR), Sayonara Wild Hearts a connu quatre ans de développement avant de devenir la fabuleuse pièce vidéoludique qu’elle est aujourd’hui. Loin du cadre chiadé qui nous accueille au lancement du premier niveau, les prémices du jeu renvoient à un travail plus sombre, proche du melting pot d’ambiances, signe d’une direction encore floue. Simon Flesser raconte dans The Verge : “[L’aventure Sayonara Wild Hearts] a commencé avec un sentiment beaucoup plus sombre et mystérieux, et nous avons joué avec des idées d’association de surf rock, de tambours, de taiko et d’influences éthiopiennes.” Mais l’envie de positionner la musique comme l’un des protagonistes principaux du jeu s’avère bien plus qu’une ritournelle artistique.

La philosophie d’un album

Sayonara Wild Hearts met finalement en oeuvre les velléités fortes de ses concepteurs. Fort d’un gameplay accessible au plus grand nombre, la musique se place en facilitateur d’immersion et en personnage principal du jeu : à chaque niveau son propre morceau et ses propres ambiances. Aux commandes de la bande originale, un triumvirat aux talents multiples. Linnea Olsson est violoncelliste d’Isildur Bane (groupe de rock progressif suédois, NDLR) et collaboratrice de Peter Gabriel. Daniel Olsén est sound designer. Jonathan Eng est compositeur pour le jeu vidéo. Le résultat de leur labeur se manifeste en vingt-cinq chansons pour autant de chapitres.

Entre dreamwave, ambient dubstep et synth-pop, tout le score semble parsemé des graines qui ont vu naître CHVRCHES, Neon Indian ou encore Bat For Lashes. A la fin de l’aventure, le joueur peut recommencer chaque niveau comme on écoute à l’envie les titres d’un disque en brisant l’ordre établi. Flesser raconte : “Je pense que [le jeu] a la même philosophie qu’un album, en ceci que tous les niveaux sont des parties autonomes avec leurs propres petites idées et rebondissements”.

Une histoire pop avant tout

Dès le premier stage, gazouillis électroniques et claviers geek viennent redessiner les contours d’une pièce émotionnelle à la célérité emblématique : le Clair de Lune de Debussy. Et si cette sérénade nous ouvre effectivement les portes vers une aventure où la musique règne, sa présence d’entrée de jeu révèle une autre envie qui dépasse les frontières entre gaming et musique. De Disney à South Park en passant par Westworld, la composition du pianiste français a fait son apparition à maintes reprises dans la culture populaire. Et cette dernière s’exprime tout au long de l’oeuvre. Tout sauf un hasard.

Plans cinématographiques, petites flashs sonores cristallins, descentes hallucinantes en skate et courses poursuites dantesques en moto, les influences sont multiples. Comme l’explique le co-concepteur dans une métaphore gastronomique, “Sayonara Wild Hearts est une soupe de culture pop. C’est OutRun (…), Rez, la danse moderne, Akira, F-Zéro, Charli XCX, Sailor Moon [ou encore] Tron”. Comme un rêve de gosse qui prend soudainement vie.

Histoire universelle bâtie sur les cendres d’un amour éteint, bande originale synth-pop et mélange d’influences diverses : plus qu’un jeu-album ou qu’un disque interactif, Sayonara Wild Hearts se place en oeuvre totale, synthétisant dans son propos comme dans sa forme ce qui nous fait vibrer au plus profond de nos coeurs, ardents comme sauvages. En somme, une histoire pop.

Sayonara Wild Hearts est disponible sur PlayStation 4, Nintendo Switch, iOS, Mac OS, tvOS

L’album Sayonara Wild Hearts en écoute sur Spotify.

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