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Wolf Am I – Lead The Way

Condamnation d’Yvan Colonna, arrivée de Cristiano Ronaldo au Real, trépas d’Alain Bashung et Avatar mania dans les salles de ciné : l’année 2009 demeurera dans l’inconscient collectif comme une année de plus avec ses hauts et ses bas. Entre les mailles de l’actualité se glissera discrètement l’un des plus beaux albums d’indie-rock de tous les temps.

Révolution en perfide Albion

La première décennie du XXIème siècle s’achève en fanfare. Le Humbug des Arctic Monkeys vient couronner un début de carrière tonitruant avant des vacances bien méritées, Bloc Party assume avec Intimacy un virage artistique vers d’autres contrées sonores et les Strokes profitent d’une pause clope dans l’arrière boutique pendant que les Yeah Yeah Yeahs dynamitent le dancefloor de leurs dernières gouttes de sueur avec It’s Blitz. Ça y est, le revival indie-rock des années 2000 tire sa révérence. Foals, Bombay Bicycle Club ou encore Wild Beasts se chargent d’assurer la transition vers un son pop prêt à reprendre le trône. Mais pour la scène underground britannique, pas question de rendre les guitares.

Dans les méandres du royaume MySpace – terre promise pour les mélomanes d’antan que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître – des centaines de groupes subsistent la tête hors de l’eau, assistés par des fans omniprésents, quelques blogueurs et des magazines comme Kerrang! qui suivent ce qui pourrait être une nouvelle révolution rock. Énergie vorace héritée du punk, guitares aussi brûlantes qu’aériennes et look emo-hipster sponsorisé par feu Topman : Kill The Arcade se détache du lot et semble tout indiqué pour servir de chef de file à toutes les formations en activité, en plus d’être promis à un brillant avenir. Press start.

Nique les bornes d’arcade

C’est dans son Berkshire natal, à une vingtaine de kilomètres de Londres, que ce quintet bâtit sa légende alors même qu’il est un pur produit de sa génération. Des tubes qui envahissent les ondes de MySpace, des concerts en club où la disto règne en maîtresse absolue et une ambition bien assumée derrière un humour salvateur sur le tout jeune Twitter : dans le fond comme la forme, la sauce Kill The Arcade prend. Son post-hardcore déguisé en mélange pop-punk / rock alternatif accessible envahit progressivement des microcosmes de conversations en ligne, laissant entendre par sa petite percée grandissante qu’il est un groupe d’envergure en devenir. Mais le succès à grande échelle n’est pas au rendez-vous, faute sans doute à un terreau peut-être trop nourri en rivaux crédibles (We Are The Ocean, Canterbury, Francesqa). C’est en réévaluant leur identité que les tueurs de bornes d’arcade à l’instar d’une chimère de jeu de rôle japonais, mutent en Wolf Am I. Game Over. Insert new coin.

Ouvrir la voie

Changement de line-up, mélodies plus maîtrisées, son plus mature : Wolf Am I oublie les élucubrations fêtardes et projections énergiques propres à son ancienne identité et laisse finalement place à une musique neuve et adulte. Seul titre de son ancien répertoire conservé, Bon Voyage vient officialiser la transition de façon éloquente et s’élance dans une nouvelle aventure qui promet grandiloquence et fracas. Le groupe signe finalement sur la petite structure indépendante Alcopop! Records et sort le splendide Lead The Way aux alentours du Printemps 2009.

Montée crescendo, décollages vocaux en chœurs et cordes héroïques : dès les premières mesures du disque, ouvert par le non équivoque We Are Alive, We Are The Future, les ambitions s’affichent : l’avenir du rock s’écrit ici et maintenant. Délicat dans les progressions salvatrices (It Moves The Earth), en pleine maîtrise sur des moments incendiaires (Lex Talionis), les gars du Berks se permettent même des instants de lâcher prise courts mais intenses, comme si rien ne pouvait leur arriver (Armageddon, Come). Premier véritable single, Glasgow Seven porte quant à lui la marque des grands titres, celle des tubes intemporels qui ne lassent pas même après des centaines d’écoutes. Et par la même d’étendre un peu les frontières des succès indie-rock britanniques de l’époque, balisées à grands coups de rythmiques dansantes et de notes de guitares hyper formatées (Take Me Out, Banquet, Old Yellow Bricks, We Danced Together et autres I Found Out).

Loup y es-tu ?

Un succès qui s’avère de courte durée. En dépit d’un soutien médiatique non-négligeable de Zane Lowe (ex-journaliste phare de la BBC Radio 1, tête de gondole d’Apple Music, NDLR) sur de nouvelles incursions du rock indépendant, la réinvention de la musique électronique et un renouveau dans l’esprit pop britannique condamnent toute la meute de groupes un brin confidentiels à la nuit. Wolf Am I ne tiendra pas jusqu’à l’aube et explosera en plein vol, avant un bref succès populaire jusqu’au pays de l’Oncle Sam sous le nom Viva Brother. Avant de rentrer dans sa tanière une nouvelle fois. Expatriés Outre-Atlantique, ils tentent un virage synth-pop sous le nom de Loveless qui s’inscrit bien malgré lui dans la lignée de leurs autres projets, la conviction, la pertinence (et l’amour, évidemment) en moins.

De cette époque subsiste seulement une poignée de disques (dont nous vous reparlerons très vite dans nos pages), l’inévitable Lead The Way en tête et sa pochette montrant la ligne d’arrivée – signe avant coureur s’il en est – d’un marathon pressenti qui ne durera que le temps d’un cent mètres haies. Mais putain, quelle course !

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